Dans le rapport de International Telecommunication Union (ITU) ‘Profils statistiques de la société de l’information (PDF) dédié en 2009 à l’Afriquenous lisons l’affirmation suivante:
“Le nombre élevé d’abonnements à la téléphonie cellulaire mobile par rapport au nombre de lignes téléphoniques fixes et le fort taux de croissance de la téléphonie cellulaire mobile donnent à penser que l’Afrique a montré la voie en ce qui concerne le passage de la téléphonie fixe à la téléphonie mobile, tendance que l’on observe dans le monde entier.”
Voyons cela en données.
Quantité d’abonnements et utilisation: mobile, fixe, internet, ordinateur
En fin 2008, selon le rapport de ITU, l’Afrique possède 246 milions d’abonnements mobiles. On se trouve donc avec un taux de pénétration de 32,6 pour 100 habitants. Mais ce qui impressionne le plus est le taux de croissance de cette donnée par rapport à 2002, quand la pénétration était au 5%. Alors que le mobile progressait exponentiellement, les lignes fixes restaient autour de 1,5%: 10,6 milions d’abonnements contre les 246 du mobile.
L’accès internet à large bande fixe (donc par modem, ADSL ou autre système lié au réseau du fixe) passait de 0 à 0,1%. Celui à large bande mobile (donc à travers le téléphone portable) passait de 0 à 0.9%. Pas grand chose, mais certainement mieux que l’accès via fixe. On parle ici d’abonnements. Mais les internautes se retrouvent souvent dans des cyber-cafés, des endroits publics qui mettent à disposition l’accès internet, et en effet les internautes sont le 4,2% en 2008.
Avec ces données, l’Afrique est la région du monde avec la plus forte progression de téléphones mobiles et d’augmentation d’internautes.
Progression et rapport au reste du monde
Malgré ces données, et la croissance rapide de la téléphonie mobile en Afrique, le taux de pénétration des TIC dans cette région reste bien plus bas que dans les pays développées, mais aussi dans bien des pays en voie de développement.
Distribution
Non seulement, mais les ressources (abonnements, réseaux fixe et mobile, bande large) ne sont pas uniformement distribuées: entre pays (avec les Seychelles à 90% contre la République Centrafricaine à 5%), mais aussi entre zones urbaines et zones rurales. Et ceci en dépit du fait que la distribution de portables ne soit plus, comme en 2000, surtout concentrée en Afrique du Sud (passée entre 2000 et 2008 de 74% à 19% des abonnements mobiles par rapport à l’Afrique entière). La croissance la plus importante est enregistrée au Nigéria, mais aussi au Kenya, Ghana, Tanzanie, Côte d’Ivoire.
Il y a plusieurs conditions qui contribuent à ce cadre: le niveau de développement du pays, l’intensité de la concurrence entre opérateurs mobiles dans le pays, les prix des téléphones en plus de ceux des abonnements.
Parmi les facteurs d’accéleration, les services mis en place par les opérateurs nous trouvons les services de prépayement: en 2008 95% des abonnés utilisaient des services de prépayement. Mais aussi la mini-messagerie gratuite à partir du web ou qui permet de laisser un message et se faire rappeler. De même: des mini-messages pour recharger le téléphone d’un ami ou familier. Mes mini-messages SMS sont devenus des systèmes de communication courants en Afrique.
Effet social du mobile
Le mobile a un effet social et économique, de croissance et participation; voyons trois exemples rapportés par le rapport ITU:
“Par exemple, en République sud-africaine, il est souvent demandé aux travailleurs agricoles saisonniers d’avoir un téléphone mobile pour pouvoir recevoir les mini-messages que leur envoient les sociétés pour leur indiquer lorsque l’on a besoin d’eux. Pour de telles sociétés, le fait de ne pas savoir utiliser un téléphone mobile ou bien lire et écrire des mini-messages disqualifie immédiatement toute personne à la recherche d’un emploi. Il ressort d’enquêtes récentes réalisées par Research ICT Africa que plusieurs pays d’Afrique sont conscients du fait que l’utilisation d’un téléphone mobile aide à trouver du travail.”
“Les téléphones cellulaires mobiles sont aussi de plus en plus utilisés au niveau local pour les applications de commerce mobile, par exemple par les agriculteurs pour obtenir des informations sur les prix ou bien pour payer les biens et les services. Dans une région où la plupart des habitants ont un téléphone cellulaire mobile, mais pas de compte bancaire, le commerce mobile ouvre des perspectives extraordinaires car il permettra à une clientèle encore largement inexploitée de bénéficier de services financiers. Les opérateurs mobiles l’ont bien compris et ont proposé plusieurs services bancaires mobiles. Des initiatives internationales visant à promouvoir l’utilisation des TIC dans des projets de développement ont également été lancées, par exemple le programme MMU (Mobile Money for the Unbanked - Argent mobile pour les personnes n’ayant pas de compte bancaire).”
“Le système M-PESA lancé en mars 2007 par l’opérateur mobile kenyan Safaricom est à ce jour l’expérience la plus réussie dans le domaine des services bancaires mobiles. Ce système offre aux abonnés la possibilité d’utiliser leur téléphone comme une banque virtuelle pour des opérations de dépôt ou de retrait, à concurrence de la réserve stockée dans la mémoire de l’appareil. En mai 2009, M-PESA desservait près de 6,5 millions d’abonnés, 9 000 agents de distribution dans tout le Kenya et traitait 10 millions USD de transactions par jour.”
Miser sur le mobile
Toutes ces conditions, unies à la considérations concernant l’accès internet à bande large, très coûteux et demandant des investissements importants s’il est lié au fixe, cher mais avec de meilleures perspectives de câblage pour le mobile (en 2008 58,8% de la population africaine se trouve à portée d’un réseau mobile, mais surtout 40% de la polulation rurale s’y trouve) font penser que le mobile sera une voie majeure pour le futur de la connectivité de l’Afrique, de son accès aux TIC, et que le mobile constitue une voie de développement.
En résumé
- le mobile est encore insuffisant et non uniformement distribué
- mais en grande croissance
- plus que les lignes fixes, ou les ordinateurs
- en plus il a un impact social
- et même internet tend à passer davantage par les lignes mobiles que par les fixes
Mais ceci signifie qu’il faut investir : pour la baisse des prix, l’augmentation de la concurrence, le développement de la large bande mobile:
“S’il est vrai que le secteur de la téléphonie cellulaire mobile en Afrique a fortement progressé ces dernières années, il risque d’être difficile d’assurer la durabilité de cette croissance. L’élargissement de la clientèle et l’augmentation de l’utilisation des services TIC seront à mettre au compte des couches de la population à faible revenu, c’est-à-dire généralement des populations vivant dans les zones rurales et isolées. Ce marché est plus difficile pour les opérateurs car le coût de fourniture des infrastructures est élevé. Cette clientèle est aussi très sensible aux prix et de petites variations des prix peuvent avoir une profonde incidence. Pour favoriser l’adoption et le développement du cellulaire mobile, y compris le large bande mobile, l’Afrique devra notamment mettre en place une réglementation susceptible d’accroître la concurrence et de stimuler le développement du large bande mobile, conclure des accords d’itinérance et prendre des mesures fiscales.”
Bonne lecture!
Elena