des pratiques courantes aux pratiques éducatives, ou: innovation par colonisation?

Posted by Elena on septembre 17, 2009 at 1:08 .

Je voudrais raconter l’histoire d’un produit poru téléphone portable qui s’appelle MXIT. MXIT est un outil pour envoyer des messages (instant messaging) et chatter via PC mais aussi téléphone portable.

MXIT nait en Afrique, plus spécifiquement dans le South Africa, où la diffusion de téléphones portables est très impoortante (87% de la population en 2007).

Il devient assez vite un outil apprécié en particulier par les adolescents, et même les enfants. Avec MXIT en effet ils peuvent chatter et s’envoyer des messages à un coût jusqu’à 50 fois inférieur à celui d’un normal SMS. Mais ils peuvent aussi accéder à des espaces comme facebook, envoyer des photos, s’abonner à des services.

Bien, le succès est tel que parents et enseignants s’inquiètent: le téléphone doit être banni de l’école, parce que les enfants sont distraits, perdus dans leur monde virtuel même quand ils ne chattent pas. Et à la maison, même chose: réquisition de portables quand les notes à l’école baissent, ou le temps passé avec les parents se reduit en faveur des amis rejoints via MXIT (dans cet article paru sur news24 en 2006).

La réponse est donc celle de la prohibition de la technologie; et ceci parce que l’analyse du problème se traduit par: c’est la faute à la technologie. J’ai posté il y a quelques temps une vidéo de Goofy maître d’école en prise avec écoliers distraits, bien avant l’avènement du téléphone portable. Mais ce n’est pas pour se moquer de ce genre de préoccupations, plutôt pour les prendre au sérieux.

Et comment les prendre au sérieux?

Une bonne réponse, à mon avis, vient de Laurie Butgereit, du Meraka Institute, South Africa. Je profite pour signaler, du même institut, la présentation de Steve Vosloo sur Mobile learning: South African examples, qui cite l’invention de Laurie Butgereit: Math for MXIT. Ou Dr. Math ou Dr. Wiskunde.

Laurie Butgereit a créé un service pour MXIT, un service de ‘consulence en mathématiques’:

Homework is a necessary evil in the path of learning mathematics at school. Mathematics homework is traditionally seen as difficult and boring. In the case of difficult homework, “math clubs” and “math extra lessons” are often perceived as even more difficult and more boring. This paper describes a project where learners could get help with their mathematics homework using MXit on their cell phones in the afternoons after school. MXit is a popular instant messaging system where text messages are sent immediately between participants’ cell phones and is proprietary software of MXit Lifestyle (Pty) Ltd in Stellenbosch. At the time of this writing, there were over 3 million MXit users in South Africa and nearly 45% of them were teenagers between the ages of 12 and 18. In view of the fact that all high school learners now have to take mathematics or mathematical literacy, MXit offers a fun and exciting medium in which to help learners with mathematics homework. Teachers are welcome to refer their learners to this project or, alternatively, teachers could easily follow the steps taken in this project in order to set up similar systems at their own schools.

Le service se compose d’un tuteur expert en mathématiques, recruté parmi les diplômés en ingénierie ou mathématiques, qui s’appuie sur ses connaissances et sur des ressources on-line et qui est connecté par son ordinateur.

De l’autre côté, le jeune étudiant, adolescent, avec ses questions pour résoudre ses problèmes de la maison (pas de service pour les heures de classe). en anglais, mais aussi en afrikaans.

Entre les deux une relation sociale, d’aide et soutient, sans résoudre le problème à la place de l’étudiant ni indulger en conversations autre que les mathématiques.

L’avantage de ce genre de service?

Math on MXit takes advantage of the fact that teenagers are already using MXit to communicate with their friends.”

Que la technologie est deja là, présente sur place. Et que des pratiques d’utilisation existent deja, même s’il ne s’agit pas de pratiques éducatives.

Alors le mlearning, la pratique éducative vient en quelque sorte se greffer ou coloniser les pratiques non-éducatives, pour epxloiter le milieu qu’elles ont deja créé, la place qu’elles ont deja faite dans la vie des adolescents à l’utilisation de la technologie portable et du messaging.

Pour dire si l’invention de Butgereit (le tutoring en mathématiques via téléphone) est bonne pour devenir une innovation (la différence entre les deux étant que les inventions sont de nouvelles idées, les innnovations sont de nouvelles idées qui se traduisent en pratiques diffuses et efficaces)il faudrait posséder deux paramètres d’évaluation:

- des mesures directes d’éfficacité, du fait que les jeunes qui utilisent math for MXIT réussissent mieux, ou se passionnent plus pour les mathématiques. Malheureusement: ”At the time of writing this paper, we do not have any hard numerical data on whether any of the participants in Math on MXit actually increased their marks in mathematics or not.” C’est un mal commun à nombre de pratiques éducatives avec nouvelles technologies; comme si, comme pour d’autres produits de marché, la diffusion du produit pouvait être suffisante à en prouver l’efficacité;

- la diffusion effective et durable de ce genre de pratiques; Butgereit nous dit que ”Although this project originated at one school, “word of mouth” advertising (also known as “viral” advertising) where learners told their friends about the MXit contact ensured that the number of learners grew and the geographical location of the learners spread throughout the country.” On sait aussi que d’autres services de ce genre existent, non liés à l’éducation, mais à la possibilité de demander des informations via téléphone portable, ou de recevoir des informations par exemple sur l’agriculture. C’est le cas de la question box et du projet AMIS: connecting farmers in Cameroon.

Or, MXIT ne n’est pas arrêté après avoir lancé les services de Dr. Math.

Le programme Imfundo Yami Imfundo Yethu a fait suite, et un mobile book vient de sortir, le premier à ce qu’il parait.

Les enseignant cette fois se mettent du côté de MXIT:

Once the bane of teachers and education authorities, instant messaging service Mxit is teaming up with cellphone manufacturer Nokia and the Department of Education to teach learners mathematicsThe Department of Education (DOE) is leading a pilot project that uses the mobile social network company to deliver mathematics tutorials to Grade 10 learners. This project, “Imfundo Yethu Imfundo Yami”, is a joint venture between the national DOE, Nokia SA and Safipa (a funding portal managed by the Finnish Embassy in SA).
Grade 10 learners - 260 in total - from six selected schools in Gauteng, the North West and the Western Cape provinces will take part in the pilot project. It allows users to receive maths information, to problem solve, as well as to share thoughts and ideas to better their understanding of the math module “

On peut donc espérer pouvoir répondre à la question sur l’innovation sur la base de cette expérience, et comprendre si les applications éducatives ont le pouvoir de coloniser les pratiques existantes qui tournent autour du téléphone portable.

Référence:

Butgereit, L. 2007. Math on MXit: the medium is the message. 13th Annual National Congress of the Association for Mathematics Education of South Africa (AMESA), White River South Africa, 2-6 July 2007, pp 15 PDF

Alors, bonne lecture et bonne vision!

Elena Pasquinelli