Les conférences de la Villette : Cerveau et apprentissage. Deuxième épisode

Posted by Elena on décembre 8, 2009 at 12:22 .

Le 3 décembre s’est tenue à la Villette la deuxième séance des conférences sur cerveau et apprentissage.

Edouard Gentaz nous a parlé des applications à l’école. Voici donc un court résumé pour ceux qui n’ont pas pu venir.

Tout d’abord, comment apprend-t-on à lire ? Deux principes fondamentaux sont en jeu : la compréhension phonologique ou conscience phonologique (qui concerne les sons de la langue) et la reconnaissance visuelle des lettres et de leur association avec les sons. Le premier des deux principes affiche une forte corrélation avec le niveau de lecture de l’élève, les éventuelles faibles performances et difficultés de lecture et l’efficacité des entraînements qui développe les capacités de lecture.

Mais de quels entraînements parle-t-on ?

L’équipe de Edouard Gentaz a constitué un programme de séances de 30 minutes avec des exercices types proposés chaque semaine pendant 2 à 3 mois. Les séquences sont ensuite évaluées : leurs résultats en terme d’apprentissage sont comparés avec des groupes de contrôle d’élèves qui font “pratiquement” la même chose mais pas exactement. Ce sont donc les différences qui sont étudiées pour savoir si une certaine stratégie est plus ou moins efficace qu’une autre.

Dans le cas particulier de l’apprentissage de la lecture, Gentaz et ses collègues ont testé des stratégies ayant pour but d’améliorer la reconnaissance des lettres et la connexion de la lettre avec le son. L’hypothèse testée est la suivante : l’exploration multisensorielle de la lettre améliore sa reconnaissance et connexion avec les sons. On entend par exploration multisensorielle, une exploration à la fois visuelle et auditive, mais aussi tactile. Le groupe de contrôle développe donc la même série d’activités, mais sans exploration tactile, ou d’espaces haptiques (du toucher actif). La différence entre le groupe expérimental et de contrôle existe (avec un effet bénéfique dans l’exploration haptique), mais elle n’est pas significative du point de vue statistique. La différence devient par contre significative concernant des populations d’enfants en difficulté ; les enfants des REP présentent, en début d’année, des résultats bien pires à ceux “du centre ville” (vocabulaire, nombre de lettres reconnues).

Il s’agit alors de se demander pourquoi l’exploration haptique a-t-elle cet aspect bénéfique : est-ce que c’est parce que le toucher est une activité séquentielle ? Ou bien parce que la multisensorialité a un effet d’amélioration ?

De nouveaux tests ont été effectués avec des lettres en creux qui étaient explorées de manière seulement séquentielle (en faisant courir le doigt le long de la lettre) et avec des lettres en relief explorées de manière séquentielle mais aussi globale (la main posée sur toute la lettre).

Les résultats indiquent que les lettres en relief sont mieux apprises que celles en creux.

Enfin, en ce qui concerne l’apprentissage de l’écriture, il faut savoir que l’enfant utilise à la fois des feedbacks visuels et kinesthésique quand il apprend à tracer des lettres ; chez l’adulte l’automatisation de ce processus permet de libérer des ressources attentionnelles et cognitives qui pourront être rédirigées vers un traitement de plus haut niveau.

Mais, vu le rôle du feedback kinesthésique, des dispositifs de type “retour de force” pourraient être utilisés afin de guider la main de l’enfant, de corriger son geste avec une petite résistance quand il sort du bon “sillon”, et ceci de moins en moins jusqu’à l’automatisation acquise. Gentaz a utilisé ce genre de dispositif, qui se révèle encore trop coûteux pour l’école. Il est ensuite passé à des expériences avec des tablettes numériques, qui ne donnent certes pas le même feedback, mais permettent de créer des cahiers digitaux où chaque enfant suit un parcours personnel pour arriver à bien tracer ses lettres.

Alors, bonne lecture et bonne écoute de la prochaine conférence : jeudi 10, ce sera le tour de Stanislas Dehaene.

Elena Pasquinelli